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Le blog du Parti Communiste Français à Nice

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L'actualité à Nice, dans le 06, en France et dans le monde vue par les communistes niçois


Hommage à Louis Fiori : Allocution d'Emile Tornatore, ancien maire du Broc et ancien élève de Louis Fiori

Publié par pcf nice nord sur 29 Décembre 2016, 18:58pm

Hommage à Louis Fiori : Allocution d'Emile Tornatore, ancien maire du Broc et ancien élève de Louis FioriHommage à Louis Fiori : Allocution d'Emile Tornatore, ancien maire du Broc et ancien élève de Louis Fiori

« Ce n’est pas chose aisée que de se trouver ici et dans cette circonstance pour dire en quelques mots ce que fut une vie si pleine et si riche.

Celle de l’instituteur qui fut pour moi et quelques autres le seul maître d’école de la classe unique du Broc.

 

Avec sa famille autour de laquelle nous sommes quelques uns à avoir grandi, avec ses amis et avec ses camarades.

Je n’ai pas tes talents de conteur Louis.

Que j’ai mis du temps à t’appeler « Louis » car pendant longtemps tu as été : Monsieur Fiori.

 

Si tu avais été encore debout parmi nous en te préparant aux éloges méritées que tu vas recevoir et qui sont dans la tête et le cœur de celles et ceux qui te regrettent.

Si tu avais été là vivant à nos côtés, tu chercherais dans ta poche tes cigarettes et ton briquet pour t’apprêter à fumer afin de faire passer ton émotion.

Cette émotion c’est elle qui nous étreint dans cet instant d’adieu.

Adieu au mari, au père et grand-père, adieu à l’ami, adieu au camarade, adieu au magistré.

 

Dans les anecdotes que j’ai tenté de récolter pour cet hommage, j’ai retenu celle que François Otto, m’a racontée pour ton arrivée au Broc.

Tu avais commencé ta carrière à Saorge et tu arrivais au Broc, prés de Vence où Freinet mettait en place sa pédagogie. Comment ne pas t’en inspirer pour l’appliquer aux élèves de ton nouveau poste ?

Eux aussi t’attendaient et grâce à l’internet du moment, c'est-à-dire radio ruelles la nouvelle de ton arrivée s’est répandue comme un trainée de poudre et toutes et tous abandonnent leurs jeux de l’été pour échanger sur le nouveau venu.

« Il est là le nouveau maitre. A quoi il ressemble ? Il est grand et sa femme qu’est-ce qu’elle est jolie.

Bon on le matera comme les autres diront les plus turbulents ».

 

A la rentrée tout change de tournure comme on te connait tu as avancé dans ta stratégie habituelle.

Présenter le projet, les faire adhérer à tes propositions et les en convaincre si la première partie de la tactique venait à échouer.

Mais l’opération séduction fut réussie car tu as toujours eu du talent pour gagner ton auditoire.

Même si les mots entendus alors par ces jeunes élèves leur étaient totalement inconnus :

Coopérative scolaire, textes libres, imprimerie et journal « Nos moissons ».

Ils étaient embarqués pour l’aventure de fabrication de leur personnalité. Car tu étais un pédagogue et aussi un instituteur qui a aidé ses élèves à grandir droits et fiers bien que ruraux dans un monde qui commençait à s’urbaniser.

Et là ce qui jusqu’alors était apparu comme impossible tu l’as fait réaliser :

Le chauffage dans la salle de classe unique pour remplacer le poêle à bois, les douches publiques hebdomadaires pour tous les élèves et ouvertes à la population, la découverte de la mer pour les petits montagnards que nous étions.

 

Si bien que tu fus appelé sur tous les problèmes de nos concitoyens et de la vie du village, jusqu’à être élu au conseil municipal et ce n’était pas un mince exploit pour un communiste au Broc en ces temps là.

Exploits que tu renouvelleras dans la ville nouvelle de Carros où les habitants vivaient dans un univers de chantier aux trottoirs défoncés aux rues zébrées de tranchées aux logements en cours d’achèvement.

 

Avec eux et l’équipe municipale, dirigée par Pierre Jaboulet, grâce aux pressions exercées sur le préfet d’alors vous avez obtenu les crédits et la ville fut achevée.

Carros qui saura t’honorer en donnant ton nom à l’école du village. Carros où tu exerças tes premiers actes de résistance dans le maquis de La Clapière.

Car dans ta vie au quotidien tu es resté le pédagogue qui nous a appris que le savoir et le comprendre étaient les clefs de l’émancipation et de la liberté.

 

Pour y parvenir tu as tout mis à notre disposition :

* les récitations pour nous apprendre l’histoire et la langue de notre pays : Victor Hugo, Emile Verhären, Anatole France, Arthur Rimbaud. Ces poésies nous parvenaient comme l’apprentissage d’une langue étrangère comme les phrases d’une messe laïque.

* La cueillette des fleurs à parfum pour nous faire découvrir la beauté de la nature qui nous entourait en même temps que la mise en application de la fable qui disait que « le travail est un trésor ». Car cette cueillette nous permettait de réaliser le rêve du voyage de fin d’année scolaire.

 

Voilà le maître, car il faut aussi utiliser ce mot à ton endroit, que tu as été pour nombre d’entre nous auxquels je veux associer tes élèves de Saint Philippe, de Saint Pierre d’Arène où tu as exercé pour la première fois tes fonctions de directeur comme un défi à l’administration qui sanctionnait les candidats engagés politiquement ou syndicalement et enfin La Bornala où tu as retrouvé un village qui t’a adopté comme nous l’avions fait au Broc.

 

Cette vie pleine et entière tu l’as conduite dans la nature que tu adorais, la mer, la montagne et plutôt que te voir dans ce cercueil, je veux t’imaginer dans un champ de génépi et comme le décrivait le poète :

 

Etendu dans l’herbe sous la nuée

Pâle dans ton lit vert où la lumière pleut

 

Cette vie formidable tu l’as vécue en père de famille auprès de Darie qui t’a accompagné et conseillé dans tes engagements.

 

A toi Darie, à vous Claire et Annie, à vous Jean Louis et Pierre à vos enfants, au nom des amis du Broc et de la vallée, je vous dis notre tristesse, notre peine. En ce moment vos larmes sont les nôtres.

 

Vous perdez un mari, un papa, un grand-père formidable.

Louis dans ce dernier combat face à la mort qui t’enlève à nous ; tu nous auras encore montré l’exemple de la fin de ta vie : l’homme doit vivre et mourir dignement.

Tu as croqué la vie à pleine dents avec ce sourire qui engageait à la joie.

Tu as été un hédoniste au point d’en faire l’outil de ta complicité avec les autres.

Tu avais la résistance à l’oppression et le soutien aux autres inscrits dan ta chair. Tu pars mais tu nous les transmets.

 

La mort nous volera ta présence physique, mais ton souvenir continuera d’enrichir nos vies.

 

Adieu notre maître et ami. »

 

Emile Tornatore

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